Accord entre Deezer et Universal Music Group. Annonce de Spotify.

Le 6 septembre dernier, Deezer et Universal Music Group (UMG) ont présenté un accord dit « artist-centric », un modèle que Wagram et Warner Music ont également annoncé rejoindre. A suivi l’annonce de Spotify, le 24 octobre, de modifications significatives à son système de rémunération, sur tous les titres de la plateforme, à compter du premier trimestre 2024.  Les deux systèmes annoncés présentent des différences mais aussi des similitudes, démontrant une volonté commune : diminuer la part de rémunération attribuée aux titres non significatifs, aux fraudeurs, et à ceux qui profitent démesurément du système de rémunération au prorata.

Tout d’abord, revoir à la baisse la rémunération des titres suscitant le moins d’engagement. Dans leur accord, UMG et Deezer ont annoncé opérer une différenciation des contenus. En effet, les streams de titres d’artistes dits « professionnels », définis comme ceux générant plus de 1000 écoutes par mois par plus de 500 auditeurs uniques, se verront appliquer un facteur double.

Les streams de titres recherchés directement par les utilisateurs se verront appliquer un facteur quatre. Cette mesure reviendra in fine à réduire la rémunération accordée à chaque stream. Spotify annonce de son côté un seuil de 1000 streams annuel pour qu’un titre puisse générer des royalties.

Certaines maisons de disques craignent que ces mesures -dont les seuils pourraient être revus à la hausse- conduisent à une plus grande distorsion entre petits et grands artistes. Les plateformes les justifient par la nécessité de lutter contre les effets néfastes sur les parts de rémunération d’un flux massif de nouveaux titres quotidiennement ajoutés, souvent par ces mêmes maisons de disques, qui ne suscitent pas d’engagement. L’hébergement de titres ne créant pas de valeur a un coût.

Certaines maisons de disques, très attachées à ce que tous les artistes soient rémunérés selon le même taux, seraient plus favorables à une taxe au téléchargement de nouveaux contenus sur les plateformes de streaming. Certaines d’entre elles proposent même d’établir un système de taxation qui servirait à alimenter un « pot-commun » bénéficiant aux artistes émergents. Les maisons de disques déplorent également l’absence de mesures visant à revaloriser les streams issus de comptes gratuits qui rapportent toujours beaucoup moins que ceux issus de comptes à abonnement payant.

Ensuite, lutter contre la fraude de streams. Si l’accord entre UMG et Deezer évoque seulement un travail accru dans la détection de faux streams et dans la détection de la musique issue de l’intelligence artificielle, Spotify prévoit une action plus concrète. En plus de continuer à supprimer les titres dont l’écoute est artificiellement gonflée, Spotify souhaite pénaliser financièrement les distributeurs de ces titres. Cette mesure, qui se veut dissuasive, a pour but de lutter contre la fuite de royalties vers des systèmes d’intelligence artificielle et des fraudeurs.

Enfin, repenser la rémunération des contenus dits « non-musicaux ». Deezer annonce remplacer tous les bruits et contenus d’ambiance de la plateforme par ceux issus du service de Deezer (Zen) en les excluant du calcul des rémunérations. Spotify annonce opter pour un allongement significatif du temps d’écoute à partir duquel ces contenus seront monétisés ce qui aura pour conséquence directe de diminuer la rémunération attribuée à ces streams. Avec cette mesure, Spotify vise notamment à lutter contre la fuite de royalties vers les fraudeurs qui subdivisent leurs playlists de bruits blancs en titres de 31 secondes. En effet, le seuil de temps d’écoute à partir duquel un stream est monétisé sur la plateforme est actuellement fixé à 30 secondes pour tous les contenus, qu’ils soient musicaux ou non.

L’ensemble de ces mesures vise moins à bouleverser le modèle de rémunération au prorata qu’à explorer de nouvelles méthodes de redistribution de la valeur des écoutes en streaming pour les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Spotify a par exemple annoncé vouloir rediriger, d’ici cinq ans, 1 milliard de dollars vers les « artistes et ayants droit légitimes ». De son côté, le 25 octobre, Deezer a annoncé s’associer avec la Sacem pour une étude sur l’impact du modèle « artist-centric » pour les droits d’auteurs et la viabilité de différents modèles économiques de rémunération. A cette occasion, une nouvelle mesure dite « user-centric » serait intégrée au modèle « artist-centric ». Il s’agit de plafonner la monétisation à 1000 streams par utilisateur et par mois. Au-delà de ce seuil, plus aucun stream ne serait comptabilisé pour assurer la rémunération des ayants droit. Cette mesure visant à lutter contre la manipulation frauduleuse des écoutes en ligne, notamment par des fermes à streams, représente en réalité un modèle de redistribution au prorata plafonné plutôt qu’une réelle approche centrée sur l’utilisateur.