Associée à la croissance économique du Vietnam, l’industrie des technologies de l’information (IT) est devenue un secteur important au Vietnam. En Septembre 2010, le Premier Ministre du Vietnam a rendu la Décision 1755/QD-TTg approuvant la stratégie nationale de « transformer le Vietnam en un pays des technologies d’information et de communication de pointe (ICT) ». En avril 2015, le Premier Ministre a adopté la Résolution 26/NQ-CP2 donnant instruction à tous les Ministères et au Gouvernement national de promouvoir l’application et le développement des IT afin d’atteindre les objectifs de développement durable de l’économie et d’intégration mondiale. Le Comité du secteur des IT de l’EuroCham accueille ces engagements puisqu’il apparait que le secteur pourrait être un acteur majeur de la future croissance économique.

Le secteur des IT au Vietnam a profité d’une croissance annuelle de 20% depuis 2000, représentant 7,5% du PIB en 2015. On estime que le marché des matériels et logiciels IT devrait augmenter de 11% entre 2015 et 2019 en vertu de la hausse des revenus intérieurs, de la modernisation des affaires et des marchés publics. Le Vietnam a prouvé avoir un fort potentiel dans les secteurs des services externalisés et délocalisés à l’étranger. On prévoit que la demande de sous-traitance sur le marché vietnamien augmentera plus vite que dans les autres pays de la région pour la période à venir.

L’utilisation des ICT a encore augmentée en 2016, selon un rapport d’une société internationale de marketing, le Vietnam compte aujourd’hui environ 52 millions d’utilisateurs d’Internet, représentant 54% de la population. C’est le 5e pays d’Asie Pacifique ayant le plus grand nombre d’habitants disposant d’une connexion Internet après la Chine, l’Inde, le Japon et l’Indonésie. De plus, le Vietnam devient progressivement un fournisseur mondial de services ICT. Une telle croissance doit être gérée et organisée afin de s’assurer que le secteur vietnamien des ICT est prêt pour la prochaine étape et sera un acteur concurrentiel sur le marché mondial.

Pour faire du Vietnam un concurrent plus fort et plus fiable sur le marché mondial des ICT et dans la région ASEAN, les lois relatives à ce secteur devraient être actualisées afin d’être plus ouvertes et internationales. Plus particulièrement, il apparait que les règles de confidentialité et de sécurité devraient être créées en coopération avec des partenaires compétents pour promouvoir une économie en ligne plus sûre et digne de confiance.

  1. L’EXTERNALISATION DU PERSONNEL DES ICT

Ministères compétents : Ministère de l’Information et de la Communication, Ministère du Travail, des Invalides et des Affaires Sociales.

Description du problème

Le concept de « sous-traitance » a été introduit dans le Code du Travail vietnamien le 18 juin 2012 et est soumis au Décret 55/2014/ND-CP permettant l’application de la Clause 3 de l’Article 54 du Code du Travail concernant la fourniture de main-d’œuvre, le versement d’acomptes et la liste de métiers pour lesquels on peut embaucher des travailleurs.

Cette forme de travail a été accueillie. Cependant, du point de vue des ICT, il y a des lacunes qui doivent être complétées, non seulement concernant la liste des métiers pour lesquels la sous-traitance est autorisée, mais aussi concernant la durée de la sous-traitance.

Plus particulièrement, la Clause 2 de l’Article 53 du Code du Travail indique que la sous-traitance n’est réalisable que sous réserve du respect du nombre de professions spécifiques. La Clause 1 de l’Article 25 du Décret 55 fournit une liste de professions pour lesquelles la sous-traitance est autorisée. Au regard de cette liste, il n’y a pas de règlementation relative à l’externalisation du personnel des ICT par des sociétés locales ou étrangères. En d’autres termes, les professions liées aux ICT ne peuvent pas externalisées.

En ce qui concerne la durée de l’externalisation, la Clause 2 de l’Article 54 du Code du Travail dispose que la durée de tout travail sous-traité ne peut excéder 12 mois. Après l’expiration du terme, le personnel de l’entreprise ne peut pas continuer à sous-traiter les salariés de la société de sous-traitance. Normalement, d’après l’expérience des ICT, après 1 an, un travailleur peut enfin travailler vite, commencer à produire et être efficace. La règlementation a pour conséquence que lorsque le travailleur trouve sa voie, l’entreprise doit commencer à former un nouveau travailleur. C’est problématique pour le secteur des ICT puisque le changement des contrats prend du temps.

Un autre problème se pose avec les règles contenues dans l’Article 6 du Décret 55. Il est mentionné qu’une société de sous-traitance doit avoir un capital et des fonds de 2 milliards VND en permanence. Cela ne contribue pas à un marché de la sous-traitance compétitif et sain où les nouvelles entreprises peuvent fournir un montant limité de ressources de grande valeur en terme de qualité mais pas en terme de quantité. A côté de ça, les sociétés étrangères en joint-venture doivent se conformer à un nombre important de règlementations connexes avant de commencer à exercer leur activité. Les conditions relatives aux dirigeants des prestataires, aux filiales et bureaux de représentation tel qu’elles sont énoncées dans l’Article 8 du Décret 55 n’aideront pas le marché à développer son véritable potentiel.

Potentiels gains et inquiétudes du Vietnam

La loi semble décourager l’externalisation alors qu’il s’agit pour les sociétés d’un moyen parfaitement adapté pour minimiser le risque d’avoir leurs propres salariés et avoir une main d’œuvre flexible. De plus, comme les travailleurs ont un contrat avec la société de sous-traitance, ils jouissent de la même protection légale que tous les autres travailleurs.

Si on compare avec la région ASEAN, le Vietnam passe à côté d’une très grande opportunité. En autorisant les sociétés des ICT à externaliser et à avoir plus de flexibilité au regard de la durée de la sous-traitance, la main d’œuvre serait facilement gérable et les sociétés auraient plus de moyens de faire du profit. Cela créerait des emplois mais aussi des revenus pour le Gouvernement. Afin de rester compétitif dans la région ASEAN, ces restrictions du marché du travail vietnamien devraient être examinées et actualisées. De notre point de vue, les recommandations suivantes aideront le Vietnam à se développer.

Recommandations

– Ajouter le secteur des ICT à la liste des professions autorisées ainsi que d’autres professions d’autres secteurs ;

– Supprimer la limitation de la durée du travail sous-traité qui impose aux entreprises de changer de travailleurs tous les 12 mois afin d’alléger la main d’œuvre des ICT du poids de la formation ;

– Supprimer les conditions légales de capital pour les entreprises de sous-traitance. Aussi, nous recommandons d’harmoniser les règles entre sociétés locales, étrangères et joint-ventures ;

– Si le propriétaire de l’entreprise est aussi son dirigeant, les conditions de l’Article 8 du Décret 55 ne devraient pas s’appliquer.

  1. EDUCATION ET FORMATION

Ministères compétents : Ministère de l’Information et de la Communication (MIC), Ministère de l’Education et de la Formation (MEF).

Description du problème

Les IT étant un élément clé de la croissance industrielle au Vietnam, le Gouvernement a souligné l’objectif d’avoir 1 million de salariés répondant aux normes internationales de compétences et d’éducation dans le secteur des ICT d’ici 2020, dans la Décision 1755/QDTTg du 22 septembre 2010 rendue par le Premier Ministre du Vietnam. Par ailleurs, la disponibilité d’une main d’œuvre compétente et formée reste un obstacle imminent à la croissance industrielle.

Selon les statistiques publiés par le MIC, il y a environ 290 universités qui offrent une formation en IT au Vietnam et le quota d’admissions augmente en permanence depuis quelques années. Mais le Vietnam n’a toujours pas défini de programme éducatif ni de compétences en matière d’IT qui seraient fondés sur des critères internationaux et conformes aux exigences des sociétés IT locales et étrangères, conformément aux objectifs fixés dans la Décision susmentionnée du Premier Ministre relative au développement de l’industrie des ICT.

De nos jours, les sociétés IT au Vietnam doivent substantiellement investir en embauchant des jeunes diplômés des universités et des écoles professionnelles pour développer leurs techniques, leurs compétences personnelles et leur anglais. Cette formation prend un an en moyenne pour préparer la main d’œuvre aux exigences professionnelles qui s’imposeront à elle. La récente thèse de Roland Polzhofer (juillet 2017) pour la Vietnam-German University (VGU) souligne les divergences et écarts existant entre les points de vue des gérants d’Université et des gérants des sociétés IT.

Potentiels gains et inquiétudes du Vietnam

Développer une main d’œuvre hautement compétente aidera à soutenir les objectifs du Vietnam tel qu’ils ont été fixés dans le plan de développement des ressources humaines des IT jusqu’à 2015, et dans les orientations pour 2020. Il s’agit d’une condition essentielle si le Vietnam veut continuer à développer et accroitre son industrie des IT, ainsi que favoriser l’innovation locale et l’entreprenariat. Une force de travail correctement formée aiderait également la transition du pays vers une économie plus avancée et fondée sur le savoir.

La Vietnam Software and IT Services Association a également rapporté qu’il y a actuellement autour de 250.000 personnes travaillant dans l’industrie des ICT au Vietnam. Sur ces personnes, environ 50.000 travaillent dans l’industrie du développement de logiciels et des technologies numériques. Selon le MIC, l’augmentation annuelle moyenne de la demande de ressources humaines en IT est de 13%. De plus, selon le rapport de VietnamWorks, durant les 3 dernières années, l’offre annuelle de ressources humaines en IT a augmenté de 8% en moyenne, celle-ci étant dépassée par l’augmentation annuelle moyenne de la demande en IT égale à 47%. Une demande aussi importante est difficile à combler et si la croissance de la demande reste faible, le Vietnam devra faire face à un manque de 78.000 travailleurs en IT chaque année. D’ici 2020, il y aura un manque de plus de 500.000 personnes, représentant plus de 78% du total de la main d’œuvre en IT dont le marché a besoin.

Par ailleurs, une enquête récente du National Institute of Information and Communications montre que 70% des diplômés en IT ont besoin d’être formés à nouveau pour correspondre aux exigences des entreprises. La majorité des étudiants en IT ne sont même pas informés de la pratique, 72% manquent d’expérience tandis que 42% ne savent pas travailler en équipe. Parmi les jeunes diplômés seulement 15% correspondent aux exigences des entreprises, tandis que 80% des jeunes diplômés en programme informatique ont besoin d’être formés à nouveau.

Recommandations

– Le Gouvernement devrait développer une coopération avec les universités étrangères les plus performantes, apprendre la meilleure pratique pour créer un cursus internationalement reconnu ;

– Développer un examen national des compétences techniques pour l’industrie des IT en coopération étroite avec les associations des industries nationale et étrangères ;

– Concevoir un cours de qualification minimum pour mettre en œuvre les compétences personnelles et renforcer la communication en anglais ;

– Le MIC, en coopération avec le Ministère de l’Education et de la Formation (MEF) et le Ministère du Travail, des Invalides et des Affaires Sociales (MTIAS), devrait imposer aux étudiants des Universités des IT et des instituts de formation spécialisées en IT, d’accomplir un stage pratique. Ce stage devrait être effectué au sein d’une société IT de leur choix pour un période de 6 mois minimum à 12 mois maximum, et être intégré à leur cursus ;

– Les Universités devraient collaborer étroitement avec l’industrie pour comprendre les tendances technologiques et comprendre les besoins et attentes après l’obtention du diplôme. Par exemple, il serait souhaitable pour l’industrie d’offrir des cours interdisciplinaires (comme l’ingénierie informatique avec système embarqué) et ajouter les processus et méthodes d’ingénierie (compétences de résolution des problèmes, analyse des modes de défaillance, etc.) aux matières d’ingénierie ;

– Un long stage obligatoire dans une société IT permettrait aux étudiants d’acquérir une expérience pratique et personnelle suffisante et de faire application de leurs techniques et compétences personnelles dans un environnement international. Simultanément, les sociétés IT auraient l’opportunité d’identifier et de recruter les talents lorsqu’elles auront un poste vacant, et ainsi de réduire potentiellement les coûts supplémentaires liés à la formation des nouveaux salariés.

III. LA BANDE INTERNET INTERNATIONALE (MBPS) AU VIETNAM

Ministères compétents : Ministère de l’Information et de la Communication (MIC).

Description du problème

La bande internet internationale est la capacité contractuelle des connexions internationales entre les pays pour transmettre le réseau Internet. La population vietnamienne fait partie des populations les plus connectées dans le monde (le nombre d’usagers d’Internet devrait atteindre les 60 millions d’ici 2018) mais le Vietnam a toutefois besoin d’une connexion Internet internationale plus rapide. Le Vietnam a le deuxième débit Internet le plus lent en Asie et se classe à la 17e place derrière la Thaïlande, l’Indonésie et les Philippines. Le débit Internet moyen au Vietnam est de 2 Mbps tandis que la moyenne mondiale a atteint 3,9 Mbps, et le pic moyen de connexion le plus élevé était de 21,2 Mbps.

L’Internet du pays a été répétitivement affecté par des ruptures dans le système de câble sous-marin qui le relie aux Etats-Unis (notamment avec le système de câble Asia-America Gateway (AAG)). La connexion représente seulement 1 sur 5 tuyaux (AAG Cable System, Tata TGN-Intra Asia (TGN-IA), Asia Africa Europe-1 (AAE-A), SeaMeWe-3 et Asia Pacific Gateway (APG)) et est le point d’entrée du réseau Internet pour les fournisseurs locaux.

Le projet AAG a été achevé en 2009 et est un pivot pour un nouveau commerce mondial et une coopération entre l’Ouest et l’Asie, mais il a été sujet à de nombreuses ruptures depuis sa mise en place. La plupart des interruptions ont eu lieu dans le secteur intra-Asie entre Hong Kong et Singapour.

Le passage inter-Asie du câble sous-marin a été cassé et a été réparé du 15 au 24 juillet 2016. Pendant cette période, l’Internet du Vietnam était affecté. Cet incident est survenu peu de temps après la maintenance du trajet du câble sous-marin AAG.

La disponibilité et la qualité du service (QS) du réseau sont un des aspects les plus importants pour une société lorsqu’elle décide où installer une nouvel établissement. A chaque fois qu’un réseau ne fonctionne pas correctement, il y a une baisse de productivité dans un des sites de l’entreprise et par conséquent une perte de profit pour le Vietnam.

Potentiels gains et inquiétudes du Vietnam

Les évènements qui changent le contexte du marché mondial des ICT (dont la bande internet internationale) et son ouverture, créent des opportunités visibles et possibles pour un potentiel concurrent. Améliorer la bande internet internationale représenterait une opportunité pour le Vietnam d’attirer des sociétés étrangères dans le cadre d’un projet durable.

Recommandations

– Le Vietnam devrait développer une stratégie nationale neutre des ICT sur les technologies et services, qui serait plus exhaustive, et dans le processus créer un dialogue privé-public pour aider à l’élaboration de la stratégie. Certaines entreprises se concentrent sur les solutions de réseau plutôt que sur « Internet » qui aiderait les sociétés à améliorer la rapidité, la stabilité, la sécurité et la capacité contractuelle de la bande internationale ;

– Le Vietnam devrait créer un groupe de travail public-privé qui faciliterait le dialogue entre les secteurs public et privé concernant les problèmes des ICT ;

– Dans un esprit de transparence, le Vietnam devrait autoriser une session publique où tout le monde pourrait commenter la règlementation sur les ICT existante ou à venir, l’industrie étant particulièrement intéressée par le projet de loi.