Dans un précédent article, nous avions regardé les statistiques des transactions concernant des sociétés britanniques en 2017. 

L’Office for National Statistics, équivalent britannique de l’INSEE, vient de publier le 6 juin un nouveau bulletin sur les transactions au premier trimestre 2018 (T1/2018). 

Acquisitions au RU par des sociétés étrangères  

Les acquisitions de sociétés britanniques par des sociétés étrangères au T1/2018 ont atteint des chiffres très élevés autant en nombre - 75 transactions- qu’en valeur - 21.7 milliard de livres, soit une augmentation significative par rapport à T4/2017 (44 transactions et 3.6 milliard). Le résultat est en partie dû à plusieurs transactions au-dessus de 1 milliard de livres telle que l’acquisition de Ladbrokes Coral Group par GVC Holdings (Ile de Man).

Cessions par des sociétés étrangères de filiales britanniques 

Les cessions de filiales britanniques détenues par des sociétés étrangères au Royaume Uni est également en forte augmentation : Au 1er trimestre 2018, il y a eu 8 cessions de sociétés britanniques par des sociétés étrangères à des acquéreurs (britanniques ou étrangers) pour une valeur totale de 6.9 milliard (comparé à 7 cessions d’une valeur de 1.1 milliard de livres au T4/2017).

C’est le montant trimestriel le plus élevé enregistré par l’ONS depuis le début de la publication de ces statistiques en 1987. Mais ce montant reste cependant bien inférieur au montant de 21.7 milliard des acquisitions par des sociétés étrangères.  

En 2017, il y avait eu 56 cessions d’une valeur totale de 13.5 milliards de livres, le montant le plus élevé enregistré par l’ONS depuis 2006. Cette tendance à la hausse est probablement une réaction de prudence due au Brexit. Il sera intéressant de voir si au fur et à mesure que Brexit se rapproche, la tendance s’accentue. 

Transactions domestiques  

Les transactions entre sociétés britanniques sont en légère augmentation représentant 5.9 milliard de livres et 88 transactions contre £5.2 milliard et 54 transactions au dernier trimestre 2017. 

Depuis le dernier trimestre 2016 les transactions domestiques ont été en augmentation constante. Beaucoup y voit un phénomène de consolidation entre sociétés britanniques qui se positionnent pour mieux résister à l’impact futur de la sortie du Royaume Uni del’Europe qui devrait avoir lieu en mars 2019 (sortie politique) et janvier 2021 (sortie économique). 

Acquisitions à l’étranger par des sociétés britanniques 

Le chiffre des acquisitions étrangères par des sociétés britanniques a chuté de manière significative et est le plus bas (1.7 milliard de livres) depuis T3/2013. 

Par exemple, en France : 

  • Le groupe Buffalo Grill a été acquis par TDR Capital 
  • ENGIE E&P International SA a été acquise par Neptune Oil & Gas Ltd 

Le ralentissement du 1er trimestre fait suite à une très forte activité en 2017. 

Il convient de noter que le volume en 2017 était affecté par deux acquisitions de sociétés américaines représentant 75% de la valeur totale: 

  • Acquisition de Reynolds American Inc. par British American Tobacco 
  • Acquisition de Mead Johnson Inc. par Reckitt Benckiser 

Climat économique et analyse du 1er trimestre 2018 

J’avais inclus dans ma publication sur les M&A en 2017 la première estimation de l’ONS sur le PIB du premier trimestre 2018. Ces prévisions n’ont pour l’essentiel pas été révisées. 

Brexit  

Les perspectives concernant Brexit demeurent très incertaines. 

 Le gouvernement a reporté la publication de son White Paper sur la relation future avec l’UE qui devait être publié avant la réunion du 28 juin du Conseil Européen. Le White Paper sur l’immigration déjà reporté n’a toujours pas été publié. 

De plus le gouvernement britannique s’est trouvé dans l’incapacité de présenter un plan cohérent sur la question de la frontière irlandaise. Les engagements pris par le RU dans l’accord du mois de Décembre 2017 et les « lignes rouges » de Madame May s’avèrent complétement incompatibles.

La dernière proposition du gouvernement est d’accepter le statu quo sur l’Union Douanière jusqu'à ce qu’un plan de rechange soit trouvé (et donc approuvé par l’UE) .. 

L’incertitude politique augmente: les brexiteurs les plus fanatiques sont à la manœuvre et on ne peut exclure un « coup » contre le gouvernement de Madame May. 

De son côté le parti Labour multiplie les signes de conciliation vers un Brexit « soft » sans toutefois s’engager 

à rester dans l’Espace Economique Européen ni le Marché Unique, Monsieur Corbyn redoutant des obstacles à ses plans de renationalisations et futures aides d’Etat. Sur le fond la position du Labour –avantages et accès au Marché Unique ainsi que maintien dans l’Union Douanière sans les 4 Libertés- n’est pas très différente de celle du parti conservateur et rein ne dit qu’il serait accepté par l’UE.

Les organisations patronales et les chefs d’entreprise désespèrent. Paul Dreshler, Président du CBI, a indiqué que les sociétés qui ne se préparent pas au scénario du « no deal » sont « off their rocker ». Une délégation des plus importantes sociétés européennes, comprenant entre autre BP, Vodafone, Nestlé, BMW et Eon ont prévenu Downing Street qu’elles n’investiraient pas au RU tant que l’incertitude persiste. Les fabricants automobiles se plaignent du manque de visibilité. Selon le Financial Time les investissements industriels ont diminué de moitié depuis le referendum passant de £2.5 milliard de livres en 2015 à £1.1 milliard. 

En bref la confusion la plus totale règne. Une analyse préparée confidentiellement pour le gouvernement mais communiquée « sous le manteau » au Sunday Times montre trois scénarios allant du négatif au franchement catastrophique (intitulé, c’est tout dire, « Armageddon ») en cas de sortie sans accord avec l’UE.

Selon plusieurs sondages récents, l’opinion publique semble maintenant être plus favorables au maintien dans l’UE mais seulement à hauteur d’environ 5% et donc dans la marge d’erreur. Le véritable clivage se situe entre ceux en-dessous de 55 ans –favorables en forte majorité au maintien- et ceux de plus de 60 ans en forte majorité pour la sortie. 

Alors que la sortie politique du Royaume Uni en mars 2019 demeure quasi-certaine, les incertitudes sur la sortie économique différée jusqu'à janvier 2021 (à condition qu’il y ait bien une période de transition) demeurent totales. 

Le blocage sur la question irlandaise perdure et pourrait faire capoter le projet d’accord sur la période de transition avec des résultats désastreux. Sur le plan politique nous approchons la période de tous les dangers avec le prochain examen par le Parlement de la loi dite Withdrawal Bill.

Qui a dit que la politique était « boring » !