Lorsque la légalisation du cannabis récréatif sera prononcée au Canada, le 17 octobre 2018, le plan d’affaires de dizaines de d'entreprises sera mis à l’épreuve. Une grande partie de leur réussite dépendra du degré de préparation de leur chaîne d’approvisionnement.

Pour les entreprises d’envergure nationale, le territoire vaste du Canada et les grandes distances qui séparent les centres urbains peuvent paraître comme un casse-tête logistique pour les chaînes d'approvisionnement. Pour les petites entreprises en démarrage, la complexité du marché du cannabis aux fins de consommation à l’âge adulte sera d’autant plus complexes. La coordination de la production, de l’entreposage, du transport et de la vente au détail apporte son lot de défis, notamment à cause des différentes réglementations fédérales et provinciales.

Nous prévoyons que la gestion efficace de la chaîne d’approvisionnement sera un facteur clé de différenciation dans ce nouveau marché.

Les entreprises dont la chaîne d’approvisionnement est fin prête pourront dominer le marché, tandis que les autres s’enliseront dans des coûts excessifs et des engagements non remplis et verront s’effriter leur part de marché.

Des débuts timides

En général, la chaîne d’approvisionnement du nouveau secteur du cannabis est relativement simple. En aval, les producteurs autorisés possèdent une expérience limitée, ayant jusqu’ici produit uniquement du cannabis médicinal, qui représente seulement 10 % de leur volume cible maximal. Dans le secteur intermédiaire, les distributeurs sont encore assez novices, sans compter qu’ils devront s’adapter à un nouveau modèle économique et à un nouveau contexte réglementaire. Enfin, les détaillants ont eu l’occasion d’acquérir de l’expérience grâce à la vente de produits médicinaux, mais leur contribution se limite à intervenir à la fin de la chaîne d’approvisionnement.

En matière de chaîne d’approvisionnement efficace, quatre défis majeurs se posent à l’industrie :

Dans le secteur émergent du cannabis régnera une grande confusion sur le plan juridique et réglementaire. Nous nous attendons à des hésitations considérables dans le processus d’établissement d’une réglementation détaillée, qui se répercuteront non seulement sur les autorités, mais aussi sur les investisseurs, les producteurs, les détaillants et les consommateurs. Nous pressentons aussi des différences provinciales marquées qui pourraient compliquer la circulation des produits d’une province à l’autre, un peu comme c’est le cas pour les secteurs du tabac et des spiritueux. Quant aux ventes internationales, il est probable qu’elles se heurteront à des obstacles dans les pays où le cannabis récréatif est toujours illégal.

1. Réglementation incomplète

Dans le secteur émergent du cannabis régnera une grande confusion sur le plan juridique et réglementaire. Nous nous attendons à des hésitations considérables dans le processus d’établissement d’une réglementation détaillée, qui se répercuteront non seulement sur les autorités, mais aussi sur les investisseurs, les producteurs, les détaillants et les consommateurs. Nous pressentons aussi des différences provinciales marquées qui pourraient compliquer la circulation des produits d’une province à l’autre, un peu comme c’est le cas pour les secteurs du tabac et des spiritueux. Quant aux ventes internationales, il est probable qu’elles se heurteront à des obstacles dans les pays où le cannabis récréatif est toujours illégal. 

2. Prèvisions floues

Les producteurs, les distributeurs et les détaillants connaîtront une période de tâtonnements pendant laquelle ils testeront le marché; il faudra un certain temps avant que le secteur ne se normalise et puisse accumuler des données significatives sur la consommation.

Personne ne sait encore combien de cannabis les Canadiens achèteront. Les prévisions financières, très variées, annoncent un marché qui pourrait se situer entre 4 G$ et 9 G$ par an.

En attendant d’en savoir plus, une production insuffisante ou excédentaire risque de peser sur les marges bénéficiaires et éprouver la confiance des investisseurs. Cette période d’adaptation complique également la planification de la chaîne d’approvisionnement et se répercute sur les calculs des combinaisons de produits, la gestion des stocks et de leur durée d’entreposage ainsi que le traitement des commandes.

Dans ce contexte, il sera essentiel pour tous les acteurs de l’industrie d’investir très tôt dans leurs capacités de planification et de prévision de la demande. En outre, la communication et la collaboration entre tous les agents de la chaîne de valeur seront particulièrement importantes pour la réduction des risques et la gestion des attentes.

3. Intégration technologique

Toutes les entreprises du secteur devront relever le défi technologique de l’intégration des systèmes du début à la fin, c’est-à-dire des semis jusqu’à la vente. Les entreprises auront besoin d’avoir une image claire de la conformité des processus, de la protection des stocks, de leur contrôle et de la collecte de données. Le partage de l’information d’une plateforme à l’autre à l’échelle de toute l’entreprise sera une nécessité et devra probablement même répondre à des normes encore plus strictes que les industries des spiritueux et du tabac.

Sans une bonne intégration des systèmes, les entreprises courront le risque que leur chaîne de valeur manque de conformité, ce qui alourdirait le fardeau pour les parties prenantes, et le public exigerait que les organismes de réglementation resserrent les règles et les fassent respecter.

4. Qualitè des services

Les entreprises auront besoin de temps pour acquérir de l’expérience dans la manutention des produits du cannabis après leur légalisation. Ce processus ne se fera pas sans tâtonnements de la part des producteurs en amont, des distributeurs intermédiaires et des détaillants en aval. Les ventes directes des entreprises aux consommateurs viendront compliquer encore la gamme de services offerts. Les acteurs doivent savoir que toute insuffisance des services conduit, certes, à la perte de ventes, mais également à une frustration chez les consommateurs qui pourraient être tentés de s’approvisionner sur le marché noir.

Dans le détail

Chaque segment de la chaîne d’approvisionnement aura aussi ses défis propres.

i) En amont, les producteurs autorisés doivent s’attendre à ce que la fragmentation de l’offre vienne compliquer leur planification. En effet, les petits et les moyens producteurs pourraient bien inonder le marché de produits génériques, grignotant ainsi les marges de l’ensemble des producteurs. En même temps, la nécessité de faire appel à de coûteuses technologies de suivi et de localisation pourrait augmenter les coûts des producteurs autorisés au-delà des coûts habituels de l’agriculture ordinaire.

ii) Les distributeurs intermédiaires, eux, devront s’organiser pour gérer de larges gammes de produits, des lots de petite taille et une fréquence élevée d’exécution des commandes. La courbe d’apprentissage sera sans doute abrupte, en particulier pour les organismes de réglementation provinciaux qui choisiront d’administrer un système de distribution à deux volets, soit par l’intermédiaire de détaillants, soit directement aux consommateurs.

iii) Enfin, les détaillants en aval pourraient voir leur chaîne d’approvisionnement bouleversée par la concurrence qu’exercera le marché noir, car nous pressentons que ce dernier sera très actif dans un premier temps. De plus, la diversité des réglementations provinciales pourrait leur poser des difficultés supplémentaires. Selon les territoires de compétence, les prix du cannabis au détail pourraient être fixés par les organismes de réglementation, privant ainsi les vendeurs de toute latitude pour faire face à la dynamique entre l’offre et la demande.

Possibilités

Progression naturelle

Aucune chaîne d’approvisionnement ne saurait être parfaite dès le jour 1. Mais dans le secteur du cannabis, les systèmes devront être adaptables, fluides et dynamiques. Comme les habitudes des consommateurs, leurs préférences et la qualité des services qu’ils attendent sont encore méconnues, les exploitants devront adopter des solutions modulables. Aux premiers jours du nouveau marché, il sera préférable que les contrats comportent un niveau minimal d’engagements, de solides indicateurs et de nombreuses possibilités de renégociation.

Tous les participants de la chaîne d’approvisionnement du cannabis trouveront des avantages à la collaboration et au partage des données et des renseignements, par exemple au moyen de groupes ou de forums consultatifs.

Solution éprouvée

On peut tirer de précieuses leçons de secteurs voisins, telle l’industrie pharmaceutique, qui ont élaboré des systèmes fiables pour la gestion et la livraison de produits strictement réglementés.

Les producteurs, les distributeurs, les détaillants et les organismes de réglementation du cannabis auraient tout intérêt à respecter les principes de l’excellence opérationnelle sans gaspillage et à adopter diverses techniques de gestion du rendement éprouvées comme celle qui repose sur les indicateurs clés de performance.

Les producteurs et les distributeurs devraient aussi envisager de faire intervenir une entreprise de logistique spécialisée dans le commerce en ligne et traditionnel afin de bénéficier de son expérience et de son évolutivité.

Les distributeurs devront harmoniser leur gestion de l’approvisionnement, de la logistique du matériel et des stocks au moyen d’une méthode de gestion par catégories afin d’améliorer leur planification et de réduire les périodes d’oisiveté de leur fonds de roulement.

Les entreprises de cannabis auraient tout intérêt à implémenter des technologies de pointe pour améliorer la visibilité et l’efficacité de leur chaîne d’approvisionnement. Les solutions qui s’offrent à elles sont par exemple :

  • les codes à barres
  • les étiquettes d’identification par radiofréquence
  • les systèmes d’automatisation de la logistique

Organisation saine

Lorsque la légalisation du cannabis pour les adultes prendra effet en octobre, il sera essentiel pour l’industrie d’en maîtriser le processus de commercialisation. La chaîne d’approvisionnement au Canada sera surveillée de près non seulement par les investisseurs qui ont injecté des milliards de dollars dans le secteur dans l’espoir qu’il se montre très lucratif, mais aussi par les entreprises d’autres pays où la légalisation de cannabis récréatif est proche, en particulier les États-Unis.