Dans le cadre de notre série sur les tendances actuelles dans divers secteurs, nous nous intéressons ici aux changements qui s’opèrent actuellement dans le secteur des sciences de la vie.

Protection des renseignements personnels et de la vie privée

La protection des renseignements personnels et le respect des lois sur la protection de la vie privée sont au cœur des préoccupations des sociétés du secteur des sciences de la vie en raison de l’utilisation croissante des données pour une multitude de produits et de services, notamment les programmes de soutien aux patients, les technologies prêt-à-porter et autres appareils connectés, les applications mobiles, les données numérisées sur les soins de santé, le dépistage génétique et la médecine personnalisée, ainsi que du recours accru à l’exploration de données et à la publicité ciblée.

Même si les renseignements personnels ont une énorme valeur, les sociétés doivent se rappeler que le Canada a adopté diverses lois fédérales et provinciales en la matière et que toute activité risque donc d’être soumise à de multiples lois sur la protection de la vie privée. En outre, ce ne sont pas seulement les renseignements sur la santé des patients qui sont considérés comme des renseignements personnels. En effet, même l’information sur les professionnels de la santé, les renseignements anonymisés et les données personnelles publiées sur les plateformes de réseaux sociaux peuvent être considérés comme des renseignements personnels dont la collecte et l’utilisation sont soumises aux lois sur la protection de la vie privée.

Les sociétés doivent trouver un juste équilibre entre le désir, d’un point de vue commercial, de recueillir un maximum de renseignements personnels susceptibles d’avoir une utilité ou de la valeur dans l’avenir, et les obligations de protection de la vie privée ainsi que les risques liés à la possession de tels renseignements. Les menaces à la sécurité des données abondent et ne font pas que se limiter au piratage; elles englobent également les erreurs et les vols commis par des employés. 

Les sociétés du secteur des sciences de la vie doivent chercher activement des moyens de protéger les renseignements personnels et les autres données confidentielles ou exclusives afin d’éviter les atteintes à la vie privée et de réduire leur responsabilité. Le fait d’être proactif face aux vulnérabilités décelées en matière de cybersécurité pourrait se révéler encore plus important pour les fabricants de dispositifs connectés, puisque l’exploitation d’une faille pourrait avoir des conséquences importantes pour la sécurité d’un patient. 

Produits biologiques

Le coût de fabrication des produits biologiques est élevé, et les brevets relatifs à de nombreux produits ayant connu un bon succès commercial arrivent à échéance. Tandis que les sociétés travaillent à l’élaboration et à la promotion de solutions de rechange moins onéreuses, les biosimilaires (anciennement appelés « produits biologiques ultérieurs » ou « PBU » au Canada) suscitent un vif intérêt au Canada et ailleurs dans le monde, particulièrement en ce qui concerne la possibilité de substituer ces médicaments aux médicaments biologiques de référence et quant aux questions liées à leur interchangeabilité.

Un biosimilaire est un médicament biologique qui fait son entrée sur le marché après une version déjà autorisée au Canada et dont la similarité au médicament biologique de référence a été démontrée. Un biosimilaire invoque en partie des données d’innocuité et d’efficacité jugées pertinentes en raison d’une similarité établie au médicament biologique de référence, ce qui a une influence sur la quantité et le genre de données originales requises.

Les ventes de produits biologiques continuent d’augmenter sous l’impulsion d’un intérêt accru dans le monde pour un meilleur accès aux soins de santé et la diminution des coûts des soins, ce qui crée des occasions de croissance pour les biosimilaires. On peut s’attendre à ce qu’une attention particulière soit accordée à certains aspects de l’approbation réglementaire, de la mise en marché, de l’utilisation et de l’établissement du prix des biosimilaires. Par ailleurs, on peut généralement prévoir que les produits biologiques occuperont une plus grande part de marché et stimuleront la croissance du secteur.

Établissement du prix des médicaments et accès au marché

Au Canada, certains intervenants portent une attention accrue au prix des médicaments et aux stratégies de tarification et, plus particulièrement, aux ententes préférentielles d’inscription avec des assureurs privés et aux appels d’offres provinciaux. À l’heure actuelle, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés (le « CEPMB ») du Canada révise en profondeur ses politiques et ses lignes directrices sur la manière de protéger les consommateurs contre les « prix excessifs » des médicaments brevetés. Dans le cadre de son mandat de protection des consommateurs, le CEPMB est censé être à l’affût d’indicateurs de possibles abus du monopole de droit et chercher des moyens de réduire au minimum l’écart de prix entre les payeurs publics, les payeurs privés et les clients qui assument euxmêmes les coûts.

Tandis que les fabricants de médicaments cherchent à améliorer l’accès au marché et à accroître les ventes, à étendre les réseaux de distribution et à convaincre les assureurs d’assurer leurs médicaments et de les inscrire sur la liste des médicaments à privilégier, une pression accrue est exercée sur eux pour qu’ils baissent leurs prix. La législation sur l’établissement du prix des médicaments est complexe, et la tarification dans une province peut avoir une incidence non seulement sur les prix pratiqués dans d’autres provinces, mais également sur ceux qui sont pratiqués sur les marchés mondiaux. La législation provinciale régissant l’établissement des prix et les ententes commerciales dans le secteur des sciences de la vie diffèrent considérablement selon les provinces. Les sociétés doivent donc s’assurer que leur tarification ainsi que leurs stratégies et leurs ententes commerciales tiennent compte de la législation fédérale et provinciale sur l’établissement du prix des médicaments au Canada et des lois de la concurrence.

Voici d’autres stratégies auxquelles les fabricants de produits pharmaceutiques et de dispositifs médicaux ont eu recours pour augmenter leurs sources de revenus :

  • Octroi de licences technologiques ainsi que collaborations en recherche et développement et en développement conjoint pour accélérer le développement ou tirer parti de la valeur du capital intellectuel;
  • Conclusion d’ententes d’impartition;
  • Acquisitions ou dessaisissements de gammes de produits et de secteurs d’activité pour diversifier les principales forces, en tirer profit ou les consolider;
  • Investissements dans de petites sociétés de biotechnologie ou établissement de partenariats stratégiques avec de telles sociétés, afin d’accroître leur souplesse et d’enrichir leur portefeuille de produits.

Ces dernières années, les sociétés de produits pharmaceutiques et de dispositifs médicaux ont eu abondamment recours à de telles stratégies. Nous nous attendons à ce que cette tendance se maintienne et à ce que les sociétés du secteur des sciences de la vie aient davantage recours aux partenariats avec des tiers pour faire baisser les prix et commercialiser les produits plus rapidement et de façon plus rentable.

Échanges de portefeuilles 

Les sociétés pharmaceutiques et de soins de santé grand public s’adaptent à la dynamique actuelle des marchés et cherchent à se servir de leur présence géographique pour accroître la croissance et les synergies au moyen d’échanges de portefeuilles avec d’autres intervenants du marché. Elles adoptent des comportements de plus en plus stratégiques pour l’acquisition ou la vente de gammes de produits et ont recours aux échanges de portefeuilles pour redéfinir leur entreprise, améliorer leur efficacité et augmenter leur profit.

Chaque société qui participe à l’échange cherche à vendre une gamme ou un portefeuille de produits qui ne cadre pas avec ses plans d’affaires courants et futurs à un autre intervenant du secteur qui est propriétaire d’une gamme ou d’un portefeuille de produits qu’il est disposé à vendre. Un tel échange permet aux deux parties de croître ou de renforcer leur position dans un domaine dans lequel elles souhaitent prendre de l’expansion. Ces opérations sont jugées avantageuses tant pour l’acquéreur que pour le vendeur, car elles leur permettent de rationaliser leurs activités, de se recentrer sur leurs domaines thérapeutiques à haute performance ou de base, et de desservir un plus grand territoire sur les marchés mondiaux.

Nous avons déjà constaté, au cours des dernières années, un très grand nombre de fusions et d’acquisitions dans le secteur, et nous prévoyons que le nombre de fusions et d’acquisitions comportant des échanges de produits ou de portefeuilles entre des intervenants du secteur continuera d’augmenter, à mesure que les sociétés du secteur des sciences de la vie chercheront à exercer leurs activités de manière plus stratégique.

Modifications législatives au Québec

Plusieurs modifications législatives au Québec touchent le système public de soins de santé ainsi que la pratique des professionnels de la santé et leurs relations avec les intervenants du secteur. Certaines de ces modifications législatives ont entraîné une réorganisation à grande échelle de la gestion du système de soins de santé.

Désormais, la législation interdit clairement aux médecins en cabinet privé qui participent au système public de soins de santé de facturer à leurs patients des « frais accessoires » pour des services, des fournitures, des médicaments et du matériel nécessaires à la prestation d’un service de santé assuré ou à la réalisation de tests diagnostiques connexes.

D’autres modifications législatives ont des incidences sur les pratiques commerciales des intervenants du secteur pharmaceutique. Par exemple, l’abolition du plafond des allocations professionnelles que les fabricants de médicaments génériques peuvent verser aux pharmaciens. De plus, le ministre de la Santé et des Services sociaux peut désormais conclure des ententes d’inscription et procéder à un appel d’offres pour acheter certains médicaments de fabricants agréés et faire inscrire le prix de ces médicaments sur la liste des médicaments (couverts par le régime public). Il peut également lancer des appels d’offres auprès de grossistes agréés.

Le ministre aura aussi le pouvoir de suspendre la couverture du régime d’assurance gouvernementale à l’égard du médicament d’un fabricant ou d’y mettre fin dans diverses circonstances, notamment lorsque le médicament d’un concurrent fait l’objet d’une entente d’inscription. Il est par ailleurs interdit au fabricant d’un médicament ayant eu l’autorisation d’inclure son médicament sur la liste des médicaments de conclure une entente exclusive avec un grossiste ou un intermédiaire agréé pour la fourniture, en pharmacie, d’un médicament qui figure sur la liste des médicaments.

Il est trop tôt pour déterminer toutes les répercussions que ces modifications auront sur les pratiques commerciales du secteur.