La relation commerciale du Canada avec les États-Unis sous l’administration du président Donald Trump sera très différente des relations avec les administrations précédentes et pourrait même s’avérer imprévisible et explosive à certains moments. En effet, il semble que le plus important partenaire commercial du Canada a adopté une position « protectionniste » avec pour objectif premier de créer des emplois aux États-Unis.

L’une des réactions du premier ministre Justin Trudeau à cette position « l’Amérique d’abord/des emplois américains d’abord » a été de retirer à Chrystia Freeland le portefeuille du commerce international et de la nommer ministre des Affaires étrangères tout en lui confiant aussi le dossier du commerce avec les États-Unis. Les lettres de mandat du premier ministre à l’honorable Chrystia Freeland et au ministre du Commerce international, Francois-Philippe Champagne, établissent leurs priorités respectives.

Lettre de mandat de la ministre des Affaires étrangères

La lettre de mandat de la ministre des Affaires étrangères énonce les priorités suivantes :

  • Maintenir des relations constructives avec les États-Unis, le plus proche allié du Canada et son plus important partenaire en matière d’économie et de sécurité, et diriger les efforts visant à renforcer les échanges commerciaux entre nos deux pays.
  • Diriger une démarche et une stratégie pangouvernementales liées à la relation avec les États-Unis, notamment :
    • assurer la sécurité à la frontière et faciliter le mouvement des gens, des biens et des services;
    • poursuivre les efforts communs pour s’attaquer aux menaces à la sécurité mondiale, lutter contre le terrorisme et défendre notre continent;
    • coopérer dans les dossiers liés à la sécurité énergétique et aux infrastructures énergétiques; et
  • promouvoir une action commune relativement aux enjeux environnementaux et aux changements climatiques, entre autres en collaborant dans les domaines du développement de technologies propres et de l’innovation.
  • Renforcer la coopération trilatérale nord-américaine avec les États-Unis et le Mexique. Cette tâche nécessitera la collaboration avec les ministres pertinents pour accroître la compétitivité mondiale de l’Amérique du Nord et faciliter les échanges commerciaux au sein du continent, notamment dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain.

Lettre de mandat à l’intention du ministre du Commerce international

La lettre de mandat du ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, énonce que son objectif primordial est d’accroître les activités commerciales et d’attirer les investissements créateurs d’emplois au Canada, en mettant en œuvre l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, en accroissant les échanges commerciaux avec les grands marchés en croissance rapide, et en approfondissant nos liens commerciaux avec les partenaires traditionnels. Les priorités du ministre du Commerce international se détaillent comme suit :

  • Diriger la ratification et la mise en œuvre de l’AECG entre le Canada et l’Union européenne.
  • Soutenir les efforts dirigés par la ministre des Affaires étrangères afin d’approfondir les échanges et le commerce entre le Canada et les États-Unis et renforcer la capacité concurrentielle de l’Amérique du Nord à l’échelle mondiale.
  • Mettre en œuvre et élargir les accords de libre-échange conclus par le Canada dans le monde. Ces mesures sont notamment les suivantes :
    • moderniser les accords avec Israël et le Chili; et
    • faire la promotion du commerce et de l’investissement avec les marchés émergents, notamment la Chine et l’Inde.
  • Faire la promotion des intérêts du Canada en matière d’agriculture dans le cadre des négociations entourant les accords commerciaux.
  • Promouvoir le commerce et l’investissement avec les marchés établis comme le Japon.
  • Élaborer et mettre en œuvre une nouvelle stratégie en matière de commerce et d’investissement pour appuyer les entreprises canadiennes qui exportent vers les marchés internationaux et aider les administrations canadiennes à attirer des investissements étrangers.

La relation commerciale canado-américaine de demain

La relation commerciale entre le Canada et les États-Unis sous l’administration Trump et un Congrès sous la gouverne républicaine ne ressemblera en rien aux relations précédentes, et ce, qu’elles aient été républicaines ou démocrates. La renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain est une priorité pour le président Trump, qui estime que l’ALÉNA est une catastrophe pour les travailleurs américains. Impossible de dire pour l’instant qu’elle sera la portée des renégociations de l’ALÉNA, mais ces dernières devraient débuter dans quelques mois. Le Canada a besoin de s’appuyer sur un système fondé sur des règles régissant le commerce avec son voisin du Sud; il est donc crucial que les renégociations de l’ALÉNA soient couronnées de succès.

Des groupes américains d’intérêts spéciaux font pression sur l’administration pour éliminer ce qu’ils perçoivent comme étant des entraves au commerce imposées par le Canada – on pense ici aux programmes canadiens de gestion de l’approvisionnement qui seront certainement ciblés. Le Congrès travaille à l’élaboration d’un ajustement fiscal à la frontière, lequel aurait une incidence négative sur les exportations canadiennes s’il est mis en œuvre. Les mesures protectionnistes seront contestées devant l’Organisation mondiale du commerce (ou aux termes du chapitre 20 de l’ALÉNA s’il existe encore). Si l’Oncle Sam perd, il aura tôt fait d’exercer des représailles; ce qui ne laisse rien présager de bon quant à une relation commerciale Canada-États-Unis prévisible et solide.

Le premier ministre a remanié son cabinet et réajusté ses priorités en vue des demandes de modification des Américains à l’ALÉNA et de la mise en place de nouvelles barrières aux exportations canadiennes aux États-Unis. En effet, les inquiétudes des exportateurs canadiens quant à leur accès futur au marché américain sont tout à fait fondées. La priorité principale de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland est de « maintenir des relations constructives avec les États-Unis », une tâche des plus délicates en cette période de grands changements.