UN | OCCASIONS DE FINANCEMENT D’ACQUISITIONS

D’après nos prévisions, la conjoncture économique demeurera propice aux fusions et acquisitions. Les émetteurs en bonne posture chercheront à saisir les occasions offertes, et certains acquéreurs se tourneront vers les marchés publics pour obtenir du financement. Les émetteurs en santé seront les mieux placés pour utiliser leurs actions comme monnaie d’acquisition. Des placements privés pourraient aussi être réalisés sur le marché des capitaux d’emprunt aux fins de financement d’acquisitions. Les possibilités seront particulièrement nombreuses dans le secteur de l’énergie (voir le point six ci-après), et les fusions et acquisitions visant des sociétés pétrolières en difficulté, qu’il s’agisse d’acquisitions d’entreprises entières ou d’actifs triés sur le volet, créeront vraisemblablement des occasions de financement tant pour les marchés publics que pour les marchés privés en 2016.

DEUX | UN MARCHÉ DES SAVS CANADIENNES TOUJOURS AUSSI DYNAMIQUE

Cette année, le marché des capitaux canadien a vu apparaître les sociétés d’acquisition à vocation spécifique (les « SAVS »), dont la toute première au pays a été lancée en avril 2015. Une SAVS est une société dite « carte blanche » qui permet au public d’investir conjointement avec un groupe de promoteurs accomplis dans une structure de capital-investissement offrant une protection contre les baisses de valeur et la possibilité de tirer parti des plus-values à long terme découlant de la réalisation d’une acquisition admissible. En 2015, les SAVS canadiennes ont réuni plus de 1 G$ CA dans le cadre de cinq premiers appels publics à l’épargne. 

Nous nous attendons à ce que le marché des SAVS canadiennes demeure dynamique en 2016 et, compte tenu des fonds entiercés totalisant plus de 1 G$ CA, à ce que plusieurs des SAVS existantes procèdent à leur acquisition admissible. Nous nous attendons également à ce que la tendance des SAVS à adopter une orientation précise se maintienne, plusieurs émetteurs ayant signalé leur intention de se concentrer sur une région ou un secteur donné. De plus, nous prévoyons que des groupes de promoteurs accomplis retourneront sur le marché une fois que leur première SAVS aura mené à bien son acquisition admissible. Enfin, comme il s’agit d’une structure relativement nouvelle au Canada, les SAVS feront vraisemblablement l’objet d’innovations sur le plan de la réglementation et du marché.

TROIS | LES FNB POURSUIVENT SUR LEUR LANCÉE

La mise en œuvre de modifications réglementaires améliorant la présentation du coût au détail des conseils et des placements aura pour effet d’accélérer l’évolution constante du secteur de la gestion des placements. Les promoteurs de fonds appréhendent un rééquilibrage mondial des actifs qui favorisera les produits à prix réduit au détriment de ceux assortis de frais élevés, et le secteur s’y prépare de diverses façons. Ainsi, certains gestionnaires érigent leurs boucliers et abaissent leurs frais sur des gammes de produits existants. D’autres passent plutôt à l’attaque, cherchant à développer ou à acquérir leurs propres produits et expertise dans de nouveaux segments du marché qui ont la cote aux États-Unis. Dans le premier scénario, les gestionnaires espèrent protéger leurs acquis, tandis que dans le second, de nouveaux acteurs annoncent qu’ils se lancent dans les fonds négociés en bourse, les conseillers-robots et un éventail complémentaire de fonds négociés sur plateforme.

QUATRE | DES FINANCEMENTS CHOISIS EN TECHNOLOGIE

Le rendement du secteur technologique a devancé celui de tous les autres secteurs à la Bourse de Toronto au cours des deux dernières années. Toutefois, au fur et à mesure que les marchés ont décéléré au deuxième semestre de 2015, l’intérêt pour le financement de sociétés technologiques s’est essoufflé. D’aucuns craignent un plafonnement des évaluations dans ce secteur, ce qui amène des émetteurs à reporter des financements prévus et les acheteurs à se montrer plus réticents, d’où le ralentissement des activités de fusion et acquisition naguère florissantes. D’ici à ce que les marchés rebondissent, ou qu’il y ait un regain d’intérêt pour les sociétés technologiques, 2016 devrait être comparable au deuxième semestre de 2015. Autrement dit, les investisseurs privilégieront les entreprises affichant des aptitudes de commercialisation éprouvées, une direction chevronnée et un excellent potentiel de croissance.

Parmi les points chauds à surveiller : la technologie financière, forte de lancements groupés à Vancouver, à Toronto et à Montréal en 2015; les produits SaaS sur l’infonuagique; la technologie et les applications mobiles; ainsi que les médias sociaux d’entreprise. Comme toujours, les fusions et acquisitions pourraient être perçues comme la seule solution viable pour les sociétés technologiques incapables d’obtenir du financement dans un marché déprimé. Des investisseurs en technologie venus de l’étranger pourraient flairer la bonne affaire, d’autant plus que la conjoncture est propice aux investissements dans les sociétés canadiennes en général (faibles taux d’intérêt, taux de change avantageux par rapport au dollar américain, etc.) et qu’il devrait continuer à en être ainsi.

CINQ | LES MINIÈRES SE TOURNENT VERS D’AUTRES SOURCES DE FINANCEMENT

Étant donné que les marchés des marchandises frôlent des creux cycliques, les émetteurs miniers trouveront tout aussi difficile de réunir des capitaux en 2016. De plus, comme leur accès aux marchés boursiers demeurera limité, les opérations d’achat de production et de financement par redevances seront appelées à jouer un rôle grandissant. Les émetteurs ayant des projets en phase finale d’exploration et à l’étape de la mise en valeur ainsi que des perspectives de production à court terme chercheront à recueillir des capitaux par différents moyens, notamment auprès de sources de capital-investissement, plus particulièrement de fonds de ressources spécialisées. Ils continueront néanmoins à recourir à des financements par emprunt, à des ententes d’exploitation, à des financements par redevances et à des opérations d’achat de production (streaming), de même qu’à des facilités de financement de matériel. On s’attend à ce que certaines opérations de financement par capitaux propres conventionnelles continuent d’être utilisées dans le cadre de placements privés et d’appels publics à l’épargne de taille modeste. Les émetteurs pourraient également profiter de règles d’émission de droits simplifiées au Canada afin de permettre à leurs actionnaires de prendre part à ces émissions et d’éviter une nouvelle dilution importante de leur participation en cas de baisse du cours des actions. Quant aux producteurs à grande et à moyenne capitalisations, nous prévoyons que les mesures d’assainissement du bilan entreprises en 2015 se poursuivront par la vente d’actifs non essentiels, des améliorations de la productivité et des mesures de contrôle des coûts. Les sociétés possédant des projets en phase d’exploration précoce peineront sans doute à trouver des capitaux tant que les marchés des marchandises n’auront pas repris de la vigueur. Aussi ne serait-il pas surprenant de voir augmenter en 2016 le nombre de financements d’urgence effectués sous forme de petits placements privés de capitaux propres et de titres d’emprunt convertibles auprès d’actionnaires existants.

SIX | L’ACCÈS AU MARCHÉ DES CAPITAUX POUR LES SOCIÉTÉS D’EXPLORATION ET DE PRODUCTION

En 2016, les perspectives des sociétés d’exploration et de production, y compris les grands émetteurs, resteront semblables à la situation qu’elles ont connue en 2015. En sont la cause la faiblesse continue des prix du gaz naturel et du pétrole brut, sans oublier la perception voulant que le secteur soit embourbé dans un marasme qui perdure. Néanmoins, nombre de facteurs individuels pourraient faire bouger le marché des capitaux :

  • Les dessaisissements d’actifs pourraient multiplier les financements d’acquisitions par les sociétés d’exploration et de production affichant des bilans relativement sains. Les prêteurs pourraient devenir plus insistants et exiger que les emprunteurs en difficulté réduisent leur endettement en procédant à certaines aliénations, y compris en vendant des fleurons très convoités, ce qui contribuerait à éliminer l’écart entre le prix offert et le prix demandé pour des actifs qui a souvent freiné les ventes en 2015.
  • Les grands émetteurs dotés d’un modèle d’affaires intégré pourraient continuer de profiter de marges en aval accrues et ainsi jouir d’un meilleur accès au marché des capitaux, ce qui leur permettrait de financer des programmes de dépenses en immobilisations ou d’acquisitions.
  • Les émetteurs canadiens œuvrant dans le secteur des pipelines et le secteur intermédiaire disposent d’une importante banque de projets de mise en valeur ayant fait l’objet d’engagements, dont bon nombre ont été pris par des producteurs avant le ralentissement. Ces projets les amèneront à accéder régulièrement au marché des capitaux dans le cadre de diverses structures de financement qui reposent, entre autres, sur des actions ordinaires et privilégiées de même que sur des titres d’emprunt et des titres hybrides.
  • Par ailleurs, les caisses de retraite demeureront à l’affût des occasions d’investissement dans le secteur énergétique, cherchant tout particulièrement à déployer du capital dans des actifs stables à long terme, dont des structures de redevances novatrices.
  • Les sociétés de capital-investissement ne devraient pas être en reste dans le secteur énergétique; elles miseront sur des équipes de direction solides, tout en cherchant des occasions de déployer leur capital dans le créneau des infrastructures.

Soulignons que toute décision de la banque centrale des États-Unis ou du Canada de majorer les taux d’intérêt pourrait se répercuter sur les marchés des actions privilégiées et des titres d’emprunt de qualité supérieure, qui ont été les deux sources de financement les plus prisées par les émetteurs du secteur des infrastructures énergétiques.