UN | BAISSE DES PRIX DES PRODUITS DE BASE

Alors que la dégringolade des cours du pétrole continue de faire les manchettes et que les prix du gaz naturel frôlent des creux historiques, la faiblesse soutenue des prix des produits de base a eu un effet de dominos sur le secteur. Résultat : les sociétés ont dû modifier fondamentalement leurs stratégies commerciales.

La gestion de la trésorerie fait partie des domaines les plus touchés. Or, sans flux de revenus stables, les sociétés n’ont guère d’options. Il faut dire que les occasions pour le secteur se sont faites rares sur les marchés boursiers au cours de la dernière année; nous prévoyons qu’il en sera de même en 2016. Qui plus est, les prêteurs ont resserré les cordons de leur bourse, ce qui a obligé nombre d’entreprises à renégocier leurs conventions de prêt à un moment où les dévaluations continuent à les éroder. Les sociétés en difficulté n’ont donc eu d’autre choix que se départir d’une partie de leurs actifs en vue de mobiliser les capitaux nécessaires.

Or, les malheurs des uns font parfois le bonheur des autres : les moins-values substantielles engendrent des occasions en or pour les acteurs de l’industrie qui affichent un bilan reluisant. Vu la hausse du nombre de procédures d’insolvabilité et la pression exercée par les prêteurs sur les sociétés en difficulté pour qu’elles vendent leurs actifs, les entreprises en bonne posture peuvent tirer parti de ventes forcées et d’offres d’achat à prix avantageux. C’est pourquoi nous prévoyons une accélération des activités de fusion et acquisition pendant la prochaine année. Toutefois, compte tenu de la hausse de la demande de ce type d’actifs, les acheteurs devraient se méfier des ventes réalisées à la va-vite et sans garantie.

DEUX | INITIATIVES EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

L’Alberta a récemment dévoilé son plan de leadership relatif au climat, qui constitue un changement radical par rapport à l’approche préconisée par la province en matière de lutte contre les changements climatiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre (les « GES »). Ce plan remplace le régime en matière d’émissions de l’Alberta, qui visait les grands émetteurs de GES, par des normes de rendement en matière d’émissions fondées sur les produits. Les installations qui ne pourront se conformer aux normes d’émissions devront payer une taxe sur le carbone, qui devrait passer de 15 $ CA la tonne à 30 $ CA la tonne en 2018. De plus, le plan instaure à l’égard des émetteurs non admissibles à titre de grands émetteurs de GES une taxe carbone applicable aux émissions liées à l’utilisation finale. Enfin, le plan cible les émissions fugitives de méthane et fixe un plafond annuel de 100 mégatonnes pour les émissions provenant de l’exploitation des sables bitumineux.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral a fait allusion à l’élimination possible des subventions accordées à ce secteur, qui prennent essentiellement la forme de déductions fiscales pour amortissement accéléré. Il a aussi promis de revoir le processus d’examen réglementaire des projets fédéraux de grande envergure. Ces changements visent entre autres à offrir davantage de droits procéduraux aux parties intéressées touchées, en plus de rendre obligatoires les analyses des impacts environnementaux découlant d’activités liées aux projets pipeliniers en amont.

Les gouvernements fédéral et albertain affirment tous deux que ces mesures aideront le secteur pétrolier et gazier en établissant un processus de soutien public à l’égard des pipelines de pétrole brut tandis que l’incertitude plane sur l’avenir de plusieurs projets pipeliniers.

TROIS | NOUVEAUX RÉGIMES DE REDEVANCES

Le gouvernement de l’Alberta a mis sur pied un groupe d’experts pour l’examen des redevances chargé de lui remettre un rapport définitif d’ici la fin de 2015. Ce groupe d’experts avait entre autres comme mandat de comparer les taux actuels de redevances de l’Alberta avec ceux des autres territoires producteurs de pétrole, d’évaluer l’ensemble des frais engagés par un producteur et d’analyser les commentaires d’investisseurs provenant de l’extérieur de la province. Bien qu’on s’attende à ce qu’il recommande l’apport de plusieurs modifications à la structure actuelle des taux de redevance, nul ne sait en quoi celles-ci consisteront. Quoi qu’il en soit, le gouvernement albertain n’a promis aucun changement avant 2018.

Par ailleurs, la province de Terre-Neuve-et-Labrador a annoncé la mise en place d’un nouveau régime de redevances générique pour le pétrole produit en mer, censé s’appliquer à tous les projets pétroliers et gaziers à venir. Reste à voir si la province négociera des ententes individuelles sur les avantages au cas par cas, comme elle l’a fait par le passé, ou si elle appliquera ce nouveau régime plus globalement.

QUATRE | GAZ NATUREL LIQUÉFIÉ

Même si les attentes initiales concernant le secteur canadien du gaz naturel liquéfié (les « GNL ») ont quelque peu diminué, plusieurs projets pourraient voir le jour à la suite de la progression qu’a connue ce secteur en 2015, et d’autres se poursuivront sans doute au cours de la nouvelle année. En 2016, quelques projets connaîtront leur décision d’investissement finale. En 2015, une dizaine de projets se sont vu délivrer des permis d’exportation et une poignée de nouveaux projets de GNL ont été proposés. Fait intéressant, les projets ayant fait couler le plus d’encre en 2015 étaient de moins grande envergure ou situés sur la côte est canadienne. Ce fait s’explique avant tout par l’évolution des facteurs économiques entourant les projets de GNL au Canada. En ce qui concerne les principaux projets d’exportation, soulignons que le projet de GNL Pacific Northwest a obtenu le feu vert, sous réserve d’une autorisation environnementale, et qu’une décision d’investissement finale devrait être prise en 2016 à l’égard du projet LNG Canada, qui a déjà toutes les autorisations réglementaires nécessaires.

CINQ | IMPORTANTS PROJETS PIPELINIERS

L’avenir des projets de pipelines de pétrole brut est peut-être nébuleux, mais l’année 2016 laisse place à un vent d’optimisme. En effet, malgré la décision du gouvernement américain de rejeter le projet Keystone XL et l’intention du gouvernement canadien d’interdire aux pétroliers la navigation le long du nord de la côte de la Colombie-Britannique, l’accès aux ports de mer demeurera une priorité autant pour le secteur que pour les responsables des politiques. Les projets Trans Mountain de Kinder Morgan et Énergie Est de TransCanada se retrouveront sous les feux de la rampe, l’Office national de l’énergie du Canada devant rendre sa décision à leur sujet en 2016 et en 2017, respectivement. Et comme ces projets pipeliniers resteront controversés, le secteur pétrolier et l’Alberta tableront sur le plan de leadership relatif au climat de cette province pour s’adjoindre l’appui du public et prouver que la construction d’infrastructures pipelinières essentielles peut aller de pair avec la durabilité environnementale.