Voici quelques faits nouveaux et tendances que nous entrevoyons dans le domaine du capital-investissement au Canada en 2016 :

UN | GESTION DE PORTEFEUILLE ET OCCASIONS DANS LE SECTEUR PÉTROLIER

De juin 2014 à décembre 2015, le prix d’un baril de pétrole a essentiellement fondu de moitié, ce qui a entraîné un repli important des bénéfices des sociétés exerçant des activités connexes au secteur pétrolier. Les entreprises de capital-investissement dotées de sociétés de portefeuille ayant des activités en Alberta et dans le secteur de l’énergie canadien, ou exposées à de telles activités, auront déjà consacré beaucoup de temps et d’efforts à ces sociétés et, dans bien des cas, auront déjà eu des entretiens difficiles avec leurs prêteurs. Tout au long de 2016, elles continueront de travailler de concert avec la direction de leurs sociétés de portefeuille du secteur pétrolier afin de comprimer les coûts, de doper le chiffre d’affaires et de survivre à la tempête.

Le ralentissement dans le secteur pétrolier pourrait également créer des occasions intéressantes pour les entreprises de capital-investissement. D’une part, le fait que des vendeurs stratégiques cherchent à se départir d’actifs non essentiels afin d’assainir leur bilan et, d’autre part, l’évaluation relativement faible des sociétés d’énergie laissent entrevoir une recrudescence des activités de capital-investissement dans le secteur énergétique canadien et, plus particulièrement, de celles des fonds de capital-investissement axés sur l’énergie. (Pour de plus amples renseignements, voir la rubrique trois ci-dessous.)

DEUX | LES AMÉRICAINS NOUS LORGNENT

En 2015, nous avons été témoins d’une dépréciation marquée du dollar canadien par rapport à la devise américaine : au début de décembre 2015, le huard avait perdu plus de 17 % de ses plumes. La plupart des commentateurs attribuent cette chute à la faiblesse des prix de produits d’exportation clés du Canada comme le pétrole brut, à l’augmentation projetée des taux de la Réserve fédérale américaine ainsi qu’au recours au dollar américain comme valeur refuge en période d’incertitude économique mondiale. Par conséquent, les acheteurs dans le créneau du capital-investissement américain devraient être plus à même de payer des prix bonifiés pour des sociétés ciblées au Canada comparativement aux sociétés de capital-investissement canadiennes. De même, le fléchissement du dollar canadien pourrait entraîner une dévaluation de sociétés ciblées au Canada (particulièrement celles dont les activités ne peuvent profiter du recul du dollar canadien), ce qui rendrait le 

capital-investissement au Canada d’autant plus attrayant.

TROIS | LES FONDS SPÉCIALISÉS NE DÉROUGISSENT PAS

Étant donné la multitude de sociétés de ressources au Canada, la maturité croissante du secteur des partenariats publics-privés (qui a réalisé bon nombre de projets d’infrastructures de haute qualité) et la solidité des secteurs du vêtement et de l’alimentation spécialisée, un nombre grandissant de fonds de capital-investissement étrangers axés sur les activités minières, les infrastructures et les produits de consommation se sont tournés vers le Canada. Le fournisseur de données minières Preqin estime que les fonds de capital-investissement disposent de 4,4 G$ US pour des investissements miniers, et les évaluations réduites des sociétés minières et d’énergie devraient stimuler l’intérêt de ces fonds pour de tels placements. De plus, les investisseurs en infrastructures ne tarderont pas à découvrir que le marché secondaire au Canada s’active de plus en plus, au fur et à mesure que de nouveaux projets sont construits et qu’un nombre croissant des investisseurs initiaux dans ces projets sont prêts à vendre une partie ou la totalité de leur participation à juste prix. Au chapitre des produits de consommation, l’année 2015 a été fertile en opérations dans plusieurs secteurs, notamment ceux de l’alimentation et des produits de santé et du vêtement, et nous ne voyons aucun signe d’essoufflement.

QUATRE | LES CAISSES DE RETRAITE S’ACTIVENT DE PLUS EN PLUS

Les caisses de retraite canadiennes ont continué de faire des investissements directs et de chercher par-delà nos frontières des placements dont la taille et la portée pouvaient justifier le déploiement de capitaux importants. En 2015, elles ont investi directement dans divers secteurs, dont la technologie, les infrastructures et les prêts privés. Nous prévoyons que ces opérations directes se poursuivront, voire augmenteront, en 2016. Fait intéressant, le gouvernement de l’Ontario a indiqué en 2015 qu’il pourrait abolir la « règle du 30 % » s’appliquant aux caisses de retraite ontariennes. Cette règle interdit aux caisses de retraite d’investir dans les titres d’une société si le placement s’accompagne du contrôle de 30 % ou plus des voix servant à élire les administrateurs de la société en question. Bien que les caisses de retraite et leurs conseillers aient élaboré des structures d’investissement visant à respecter cette restriction, son abolition sera certainement accueillie avec enthousiasme par les caisses de retraite et devrait stimuler encore davantage les investissements directs.

À titre d’investisseurs dans des fonds de capital-investissement, les caisses de retraite canadiennes se sont également montrées plus insistantes auprès des commanditaires de ces fonds sur la nécessité de pouvoir investir directement, et ce, d’égal à égal avec les commanditaires. Étant donné leur importance en tant qu’investisseurs dans les fonds de capital-investissement, nous prévoyons qu’elles réitéreront ces demandes en 2016 et tenteront de plus en plus d’obtenir des droits de coinvestissement accrus lorsque les fonds de capital-investissement réuniront des capitaux.

CINQ | UN VENT DE FRAÎCHEUR DANS LE FINANCEMENT DES ACQUISITIONS

Une dernière nouveauté qui pourrait prendre de l’ampleur en 2016 est l’utilisation par les fonds de capital-investissement canadiens de prêts à tranche unique – soit des prêts qui regroupent une dette de premier rang et une dette mezzanine conventionnelles sous forme d’un titre d’emprunt – afin de financer de nouvelles acquisitions ou de refinancer les prêts de sociétés de portefeuille existantes. Bien que ces prêts soient encore rares au Canada, les prêteurs américains ne tarissent pas d’éloges à leur égard, vantant, entre autres, la commodité de n’avoir à négocier qu’un seul document de prêt et la facilité de gestion au fil du temps, comparativement à une dette de premier rang et à une dette mezzanine conventionnelles. Certains fonds de capital-investissement canadiens se sont montrés intéressés, et d’autres pourraient leur emboîter le pas.​