Quel que soit le résultat des deux ans de négociations avec les États membres de l’Union européenne, la Grande-Bretagne en sortira changée et sa place boursière aussi. En effet, dès les déclarations de la banque HSBC au lendemain des résultats du référendum, le monde de la finance a compris que le réel enjeu du Brexit allait être de faire un choix entre le maintien des activités sur le sol Britannique ou le rapatriement de celles-ci sur le sol d’un État membre. La clé étant la conservation du passeport européen offrant un accès total au marché unique européen.
Pour certains le Brexit est la parfaite occasion de rétablir un paradoxe de taille, partant du fait que la plupart des grandes entreprises européennes ont leur siège social sur le continent alors que les grandes banques en charge de leurs actifs sont quant à elles basées à Londres et gèrent 50% des transactions financières en Euro.

Les principales places financières du continent sont donc en concurrence pour héberger les activités rapatriées par les grandes entreprises ou grandes banques souhaitant rester sous la gouvernance des directives européennes. Francfort, Paris, Dublin, Amsterdam et Luxembourg se sont donc lancées dans une course à l’attractivité maximale. Chacune de ces places financières est en train de prendre des mesures visant à faciliter l’accueil des activités financières des fonds d’investissements ou des banques et ceci en fonction de leur anticipation de l’après Brexit. En effet, pour certaines le Brexit ne fera pas perdre la place de leader financier à La City alors que pour d’autres il y aurait une place à prendre.

Côté allemand le pari porte sur l’absence de changement post-Brexit et sur le maintien de La City au rang de première place financière européenne. Ce point de vue s’illustre parfaitement avec la fusion entre Deutsche Börse AG et London Stock Exchange annoncée au mois de février dernier. Le dossier a été notifié à la Commission Européenne fin août marquant le point de départ de plusieurs mois d’enquête et de négociations. Pour la place de Francfort ceci permettrait de préserver le lien entre Londres et l’Union Européenne et de se renforcer face à la concurrence de NYSE Euronext et des places asiatiques. Depuis les résultats du référendum ce projet de fusion a évidemment pris un aspect politique important, deux points vont peser lourd dans la balance des négociations : le lieu du siège de la nouvelle entité (Londres serait préférée à Francfort) et l’accès de La City aux liquidités offertes par la Banque Centrale Européenne malgré le Brexit. De toute évidence, compte tenu de l’ampleur de la procédure d’enquête et de négociation, la validation de la fusion par Bruxelles n’interviendra pas avant le début du second semestre 2017 selon des sources proches du dossier.

Certains espèrent un rejet du projet de fusion par la Commission européenne à l’image de son refus de la fusion entre Deutsche Börse et NYSE Euronext en 2012, partant du principe que pour se renforcer l’Union Européenne doit s’européaniser et non se rapprocher de Londres ou New York.

A Paris, la course à l’attractivité a aussi démarré mais avec une vision différente. La création du comité « Place Financière de Paris 2020 » chargé de promouvoir à l’international les atouts de la place financière parisienne pour accueillir les activités des fonds d’investissements et banques britanniques et étrangères, indique que la France fait le pari de la perte d’influence de La City post-Brexit.

Afin d’améliorer l’image de la place de Paris, les mesures commencent à affluer. Le projet de loi de Finance pour 2017 devrait acter l’allongement de 5 à 8 ans du régime des impatriés avec une exonération de la taxe sur les salaires pour la prime d’impatriation. Dans le secteur financier, l’Autorité des Marchés Financiers et l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution mettent en place des procédures simplifiées d’établissement sur le sol français au bénéfice des sociétés basées au Royaume-Uni. Trois mesures ont été dévoilées depuis la rentrée : le point d’entrée unique crée afin de faciliter les démarches administratives pour les sociétés étrangères souhaitant s’installer en France ; le « 2 weeks Ticket » ou avis de pré-autorisation, moyen d’accélérer les démarches de domiciliation, une fois l’accord de la Financial Conduct Authority obtenu la domiciliation en France doit être accordée sous deux semaines ; et enfin l’outil d’accompagnement « Agility » destiné aux FinTech et sociétés de gestion.

Si Francfort et Paris sont les deux candidates attendues, d’autres places sont toujours en lice. Amsterdam a gagné une place d’outsider en septembre dernier après l’annonce du transfert des activités européennes des banques japonaises Mitsubishi UFJ Financial Group et Mizuho Financial en Hollande tout en conservant leur siège à Londres. Luxembourg met en avant son expertise financière et sa dominance en matière de fonds d’investissements et fait valoir son environnement fiscal favorable. Dublin se targue de parler la langue de Londres, d’être proche des États-Unis et d’avoir un environnement fiscal attractif. Face à ses concurrentes Paris souffre de son image de pays contestataire alimentée par les récents mouvements sociaux d’envergure.

Malgré cette image traditionnelle de la place de Paris, il y a de sérieux atouts à exploiter. Le droit bancaire et financier français est un des plus sécurisants pour les investisseurs, la France bénéficie d’une expertise réglementaire indéniable et d’un rôle important dans le développement économique et financier.