Avec la chute des prix des matières premières et le ralentissement de la demande chinoise, un certain nombre de gouvernements africains vont faire face à la nécessité de restructurer leur dette souveraine et parapublique. Ils ne peuvent l’ignorer et les exemples récents démontrent que plus l’approche adoptée est proactive, meilleurs sont les résultats à long terme.

Introduction

Les gouvernements africains vont faire face à un certains nombre de défis économiques dans les mois à venir. L’augmentation des dettes gouvernementales à travers le continent combinée à l’impact du prix des matières premières laissent fortement entrevoir le spectre de crises des dettes souveraines. Dès lors, il va probablement devenir nécessaire pour les gouvernements de renégocier leurs accords d’emprunts avec leurs créanciers, tel que cela a été fait au Niger et aux Seychelles, avec de très bons résultats.

Pourquoi une telle situation ?

Il est prévu que le taux de croissance en Afrique sub-saharienne chute, en 2015, à son niveau le plus bas (3,75%) depuis la crise financière mondiale, et remonte légèrement en 2016 (4,25%). Les principaux pays exportateurs de pétrole et de métaux seront les plus fortement touchés, notamment l’Angola, le Nigeria, la Guinée, le Sierra Leone, l’Afrique du Sud et la Zambie, tandis que certains pays ayant un faible taux d’importation enregistreront un taux de croissance de 7% ou plus en 2015 (notamment la République Démocratique du Congo, l’Ethiopie et le Mozambique). Les surcapacités, le fléchissement de la demande chinoise, la baisse des coûts de production et le développement significatif des nouvelles capacités minières en Chine durant le boom des matières premières indiquent qu’il est probable que le prix des matières premières chute encore, ce qui sera le cas tant que les surcapacités minières subsistent.

Certains Etats africains font face à divers défis ; l’un des plus ardus a été le contrôle de l’inflation, en augmentation en Afrique sub-saharienne. Comme pour tout Etat pris au piège de l’inflation, le remède habituel est d’envisager une augmentation des taux d’intérêt. Les soldes extérieurs sont plus faibles qu’en 2008 dans 21 pays ; selon le FMI, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Sénégal et l’Afrique du Sud font face actuellement à des besoins de financement extérieur supérieurs à 10% du PIB. Il n’est plus possible d’igorer les pressions de la part des fonds souverains.

Alors que les Etats africains avaient traditionnellement recours à des prêteurs multilatéraux et au Club de Paris pour satisfaire à leur besoins d’emprunt, ils se tournent à présent de plus en plus vers les marchés de capitaux internationaux et vers de nouveaux préteurs bilatéraux tels que la Chine, l’Inde, et d’autres pays émergents. De nombreux gouvernements africains ont émis des obligations souveraines en devise étrangère (notamment, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Sénégal et la Zambie). Bien que les émissions de dette souveraine en Afrique sub-saharienne aient augmenté sur les marchés de capitaux internationaux, en passant de 6 milliards USD en 2012 à 11 milliards USD en 2014, les financements devraient devenir encore plus difficiles et coûteux. Le climat économique incertain laisse présager que certains gouvernements risquent de ne pas être en mesure de rembourser leurs créditeurs.

Points clés

Des exemples récents montrent que les banques ont accepté de renégocier leurs contrats avec des gouvernements africains, en prolongeant le délai de remboursement et en réduisant le montant du remboursement principal. Ces mesures font partie des diverses options envisageables.

Plus tôt cette année, HFW a représenté la République du Niger sur un accord de restructuration de dette, qui démontre que lorsqu’il y a une réelle volonté de s’engager dans des négociations bilatérales constructives et un réel désir de la part de l’Etat et de son cocontractant de trouver une solution acceptable, un accord équitable peut être atteint. Dans le cas présent, le gouvernement nigérien a pu obtenir de la part de son emprunteur étranger un délai de remboursement plus favorable et réaliste, en échange d’un taux d’intérêt réduit et une réduction du capital. Si cela a sans aucun doute été un résultat positif pour le Niger, il a néanmoins révélé la tension qui existe entre créancier et débiteur et la nécessité pour les prêteurs d’accepter les changements de conditions résultant de la chute du cours des matières premières à l’échelle mondiale.

A partir de 2018, les Seychelles commenceront à rembourser 100 prêts provenant de 27 créanciers différents. Un accord de restructuration de dette a été conclu avec les créanciers du Club de Paris en 2009, accordant au Seychelles une annulation de dette de 45% (d’une valeur de près de 65 millions USD), bien que selon les termes de l’accord, les Seychelles devaient obtenir des conditions similaires de la part d’autres créanciers. Les négociations avec les créanciers ne faisant pas partie du Club de Paris se sont achevées en 2013, lorsqu’un accord a été conclu avec la Banque d’Export-Import de l’Inde pour l’annulation de 45% d’un prêt (d’un montant de 1,7 million USD), les 55% restants (2,1 millions USD) devant être remboursés sur une période de 20 ans avec un délai de grâce de 5 ans.

Le gouvernement tchadien est actuellement en train de négocier pour différer le remboursement d’environ 1,5 milliard USD qu’il doit honorer en fourniture de pétrole. Le gouvernement a affirmé qu’il a besoin de préserver ses réserves monétaires du fait de la chute des cours du brut et de son intervention contre Boko Haram au Nigéria. Les retards de remboursement pourraient affecter les banques qui ont aidé à lever les fonds, en 2014, pour l’un des deux prêts adossés à des actifs pétroliers.