Un troisième trimestre plus solide qu’à l’habitude a revigoré les activités de fusion et acquisition au Canada, faisant de 2015 l’année la plus occupée au chapitre des opérations canadiennes depuis la bulle boursière de 2007.

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La valeur totale des opérations canadiennes annoncées à ce jour en 2015 (tous les chiffres sont au 1er décembre 2015) s’est élevée à environ 374,1 G$ CA (293,5 G$ US), ce qui représente un bond de 51 % par rapport à 2014 sur une base annualisée. Le volume d’opérations a également fracassé un record vieux de 10 ans, atteignant 2 749 opérations annoncées.

Voici certains faits nouveaux et tendances qui, à notre avis, influeront sur les fusions et acquisitions au Canada en 2016 :

UN | LE CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT CRÉERA DES OCCASIONS D’INVESTISSEMENT

Dirigé par le Premier ministre Justin Trudeau, le Parti libéral a obtenu un gouvernement majoritaire en novembre. Le milieu des affaires canadien se prépare aux politiques libérales et certaines des premières réactions sont plutôt tièdes.

Parmi les effets possibles du changement de gouvernement sur les fusions et acquisitions figurent :

  • un lent début en 2016 : bon nombre d’observateurs s’attendent à ce que les activités de fusions et acquisitions ralentissent en début d’année, à cause notamment de l’ajustement du marché au changement de régime politique et aux éventuelles incidences fiscales;
  • un virage dans le secteur énergétique : le secteur de l’énergie renouvelable recevra un coup de pouce du gouvernement, celui-ci s’étant engagé à éliminer progressivement les subventions accordées aux combustibles fossiles et à mettre en œuvre une nouvelle réglementation en matière de changements climatiques;
  • des occasions dans le secteur des infrastructures : comme le gouvernement s’apprête à augmenter ses dépenses dans les infrastructures de 5 G$ CA par année, les investisseurs chercheront à profiter des nouveaux projets au Canada.

DEUX | OFFRES PUBLIQUES D’ACHAT : RALENTISSEMENT EN VUE

Les moyens de défense dont disposent les sociétés visées par une offre hostile devraient évoluer en 2016 après la publication par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières de modifications proposées au régime d’offres publiques d’achat en mars 2015 :

  • toutes les offres devront demeurer en vigueur au moins 120 jours (une hausse par rapport au délai actuel de 35 jours), sauf si la société ciblée accepte un délai réduit (d’au moins 35 jours);
  • toutes les offres doivent être assorties d’une condition de dépôt minimal d’au moins 50 % des titres en circulation de la catégorie visée par l’offre (exclusion faite des titres détenus par l’initiateur);
  • une fois remplie la condition de dépôt minimal, toutes les offres doivent être prolongées pendant au moins 10 jours supplémentaires.

Bien qu’aucune date d’entrée en vigueur n’ait été annoncée, les participants au marché s’attendent à ce que les modifications soient mises en œuvre au premier semestre de 2016.

TROIS | LE HUARD BAT DE L’AILE

Après avoir atteint un sommet de 1,09 $ US en 2007, la valeur du dollar canadien a chuté de façon vertigineuse depuis quelques années. Au moment d’écrire ces lignes, le huard tutoyait les 0,72 $ US. Comme le dollar canadien ne montre pour l’instant aucun signe de rebond rapide en 2016, nous nous attendons à ce que des acheteurs étrangers fassent provision d’actifs canadiens à des prix très alléchants.

QUATRE | PARCE QU’ILS LE « SAVS » BIEN

Le marché des sociétés d’acquisition à vocation spécifique (les « SAVS ») est en pleine effervescence depuis quelques mois. Depuis l’introduction en bourse de Dundee Acquisition Ltd., première SAVS canadienne, en avril 2015, sept autres SAVS ont clôturé un premier appel public à l’épargne ou déposé des prospectus provisoires. Nous nous attendons à un bouillonnement de fusions et d’acquisitions de la part des SAVS en 2016.

CINQ | AUTRES BOULEVERSEMENTS À VENIR DANS LE SECTEUR PÉTROLIER

Cette année, pour la première fois dans l’histoire récente, le secteur énergétique a perdu sa couronne de secteur le plus actif en fusions et acquisitions (au chapitre de la valeur des opérations) au profit du secteur immobilier et des services financiers. Qu’à cela ne tienne, les participants au marché s’attendent à une bonne année en fusions et acquisitions dans le secteur énergétique en 2016, puisque des acquéreurs stratégiques et financiers devraient profiter de la sous-évaluation des actifs canadiens. En vedette figureront les ventes d’actifs et de flux de trésorerie par des sociétés en difficulté tentant de réduire leur endettement ou de réunir des capitaux en vue de l’entretien ou de l’expansion de projets existants.

SIX | LES SOCIÉTÉS DE CAPITAL-INVESTISSEMENT FONT LA CHASSE AUX AUBAINES

Le volume et la valeur des opérations de capital-investissement au Canada ont été solides en 2015, le troisième trimestre ayant affiché une augmentation marquée par rapport à la période correspondante de 2014. La palme revient aux activités de parrainage transfrontalières de fonds américains, qui ont représenté plus de la moitié de toutes les opérations de capital-investissement en 2014 et sont en bonne voie d’atteindre des niveaux similaires en 2015. Nous nous attendons à ce que les activités ciblées de capital-investissement, plus particulièrement dans le secteur des services pétroliers et gaziers, se poursuivent au même rythme en 2016.

SEPT | LE PTP POURRAIT STIMULER LES INVESTISSEMENTS ASIATIQUES AU CANADA

Le Partenariat transpacifique (le « PTP »), accord qui réduira les droits de douane sur de nombreux produits et permettra le commerce d’autres produits en franchise de droits dans les 12 pays partenaires, diminuera la surveillance exercée par Industrie Canada à l’égard des prises de contrôle étrangères de sociétés canadiennes par des signataires du PTP en vertu de la Loi sur Investissement Canada. Le PTP devrait entrer en vigueur en 2017, s’il est ratifié par le Parlement, une fois que toutes les approbations auront été obtenues.

HUIT | LA DILIGENCE EN MATIÈRE DE PRATIQUES ÉTRANGÈRES CORROMPUES SOUS LA LOUPE

Les grandes sociétés d’exploitation pétrolière, gazière et minière sont désormais assujetties à la Loi sur les mesures de transparence dans le secteur extractif, qui exige la publication d’un rapport sur les paiements effectués à des gouvernements et à des agents publics, que ce soit à l’étranger ou au Canada. Par ailleurs, les mesures d’application ont fait la manchette en raison du dépôt d’accusations par la Gendarmerie royale du Canada à l’encontre d’une grande société d’ingénierie canadienne. Ces facteurs inciteront les acheteurs à faire preuve d'une diligence accrue à l'égard des activités outre-mer d’une société ciblée.