UN | PÉTROLE ET GAZ

La chute prolongée des prix du pétrole combinée à la dévaluation du dollar canadien par rapport au dollar américain crée des occasions sans précédent dans le secteur pétrolier et gazier du Canada, reconnu comme un territoire à faible risque. Cette conjoncture s’est traduite par la disponibilité aux fins de vente d’actifs pétroliers et gaziers totalisant environ 112 G$ US. Les évaluations semestrielles de la base d’emprunt pour les prêts reposant sur les réserves accroissent, dans bien des cas, la pression exercée sur les emprunteurs pour qu’ils vendent des actifs non essentiels et, dans certaines circonstances, des actifs précieux afin d’assurer la conformité des niveaux de base d’emprunt.

Au Canada, les sociétés d’exploration et de production ont été parmi les premières à pâtir de la nouvelle réalité du secteur pétrolier. Le régime de restructuration souple du pays permet d’optimiser la valeur de ces sociétés de maintes façons. Ainsi, la procédure de restructuration de Connacher Oil and Gas Limited a mené à une restructuration de société, les actifs de GAS-FRAC Energy Services Inc. ont été vendus sous la présomption de la continuité d’exploitation de cette dernière à la suite de sa demande de protection par les tribunaux, et la restructuration de Laricina Energy Ltd. a abouti à une entente de règlement approuvée par le tribunal, qui englobait un processus d’évaluation des options stratégiques et un placement de droits. Qui plus est, de nombreuses autres sociétés d’exploration et de production ont recours à des restructurations à l’amiable. Le nombre et le type d’occasions liées aux entreprises en difficulté continueront d’augmenter tant que le secteur pétrolier et gazier demeurera mal en point.

DEUX | COMMERCE DE DÉTAIL

En 2015, le secteur canadien du commerce du détail a connu une vague de procédures d’insolvabilité. Par exemple, la division canadienne insolvable de la chaîne de vêtements néerlandaise Mexx a fermé ses 95 magasins au pays. Après avoir demandé la protection des tribunaux, le détaillant de mode féminine Boutique Jacob a fermé environ 90 boutiques d’un océan à l’autre. Dans une procédure unique, le plus important locateur de Boutique Laura, détaillant de vêtements pour femmes, a fourni à ce dernier le financement nécessaire à sa restructuration. De plus, Comark Inc., le propriétaire insolvable de trois détaillants de vêtements spécialisés, a réussi à clore une vente approuvée par le tribunal de ses trois bannières et à maintenir en exploitation près de 300 magasins à l’issue d’un processus de vente approuvé par le tribunal.

De toutes les procédures en insolvabilité survenues dans le secteur du détail du pays, celle de Target Canada Corporation aura fait le plus de bruit. Rappelons que la filiale canadienne du géant du commerce de détail de Minneapolis avait ouvert ses premiers magasins en mars 2013. En janvier 2015, elle a demandé la protection des tribunaux et annoncé la fermeture de la totalité de ses 133 magasins. En avril 2015, ses ventes de liquidation étaient achevées et tous ses magasins avaient mis la clé sous la porte. La liquidation de la marchandise a permis d’amasser 386 M$ CA, alors que la vente du portefeuille de baux a généré quelque 598 M$ CA. Outre les réclamations intersociétés de plusieurs milliards de dollars, des réclamations évaluées à environ 2,63 G$ CA ont été déposées par des tiers, dont des locateurs, avant la date limite pour le dépôt de la preuve de réclamations. Les investisseurs américains s’intéressant aux entreprises en difficulté ont été très présents tout au long du processus. Nous prévoyons que l’activité demeurera vigoureuse sur le marché du commerce de détail qui traverse une période de bouleversements.

TROIS | MINES ET RESSOURCES NATURELLES

La faiblesse des prix des produits de base continue de malmener le secteur canadien (autrefois prospère) des mines et des ressources naturelles, et il faudra attendre une remontée des prix à l’échelle mondiale pour que cette situation se résorbe. Les petites sociétés minières sont particulièrement touchées, car elles sont moins diversifiées et jouissent d’un accès limité au capital. De plus, elles sont souvent exposées à la double menace que représentent la liquidité restreinte et le dépassement des coûts lors de la mise en valeur. Pour compliquer le tout, nombre d’entre elles possèdent des actifs d’exploitation principaux dans des pays étrangers ayant des régimes d’insolvabilité moins prévisibles et une situation géopolitique complexe. Bien que certaines d’entre elles aient entrepris des procédures d’insolvabilité au Canada, la plupart préfèrent, de pair avec leurs prêteurs, « attendre et voir » ce qu’il adviendra en reportant des projets d’exploration ou en mettant les mines non rentables sous entretien prolongé.

Les petites sociétés minières ne sont toutefois pas les seules à souffrir de la chute des prix des produits de base; des entreprises d’envergure en subissent également les contrecoups. Par exemple, Énergie RB Inc., qui est indirectement propriétaire d’une grande mine de lithium située dans le nord du Québec, s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies à la fin de l’année 2014 et a été mise sous séquestre au début de 2015. Les mines du lac Bloom ainsi que de Wabush et Scully, importantes mines de minerai de fer situées dans le nord du Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, respectivement, ont également demandé la protection des tribunaux en 2015.

QUATRE | ACIER

Deux des principales aciéries canadiennes, soit Acier U.S. Canada Inc. et Essar Steel Algoma Inc., se trouvent actuellement sous la protection des tribunaux. Malgré la faiblesse du dollar canadien et du prix du minerai de fer, principale composante de l’acier, les fabricants sont parvenus à demeurer rentables et à neutraliser les effets négatifs de la chute du prix de l’acier. Qui plus est, des facteurs macroéconomiques, comme l’accroissement de l’offre de la Chine et d’autres pays sans une hausse correspondante de la demande mondiale, ont contribué à restreindre les options de restructuration dont disposent ces géants du secteur. Par ailleurs, les importantes obligations découlant des régimes de retraite et des conventions continueront de peser lourd sur ce secteur, qui est déjà aux prises avec les enjeux environnementaux inhérents à l’exploitation de grandes aciéries. ​​​​​